LUCIENNE

Tu crois ça, toi ! parce que tu n’oses pas monter en chemin de fer, tu t’imagines que les autres ont peur de se déranger. Tâche plutôt de retourner ton bas de laine. Dans le pays de Marius, ils font la noce trois jours !

Et Lucienne ne cesse de jeter des choses dans les jambes de Ragotte.

— Tu n’es pas capable de cirer mes souliers, jamais tu ne me réveilleras à l’heure !

— Lucienne a tort, dit Gloriette à Philippe, de parler durement à sa mère.

— Ma foi ! madame, répond Philippe, je ne dis rien parce qu’elle ne me dit rien ! Si elle me parlait comme ça, à moi, j’aurais vite fait de la rembarrer !

— Je lui passe tout, dit Ragotte, parce qu’elle va s’en aller, comme l’autre.

— Quel autre ?… Ah !

— Jamais mon petit Joseph ne me faisait d’affront ; il était trop bien montré par ses maîtres. Un jour qu’il avait faim d’un œuf cuit dans la cendre, je lui sers l’œuf sur notre petite table. Il le mange et met les coquilles comme il faut, à côté de lui, et il veut ramasser les mies de pain par terre. Je lui dis : « Laisse donc ! ne te salis pas les mains. Ton frère et ta sœur ne prennent point les mêmes précautions, et ce n’est pas près que tu sois aussi malpropre qu’eux ! »

Mais Ragotte se précipite : Voilà une corbeille d’œufs et la farine pour les brioches !