Nouvelle mariée, elle habitait la même maison, c’est-à-dire la même pièce que son beau-père. Cela ne devenait gênant que lorsqu’elle accouchait ; mais le beau-père sortait par discrétion. Et puis Ragotte n’était pas longue. Personne ne mettait moins de temps qu’elle.
— Mon beau-père ne m’adressait pas la parole. Philippe croyait qu’il boudait par ma faute et m’en voulait. Il aimait beaucoup son père. Moi aussi, je l’aimais, le pauvre vieux, seulement, je n’étais pas bicheuse, et je ne savais pas le mignoter à sa suffisance.
Amour.
Elle aime Philippe, mais comment oser dire qu’elle l’aime d’amour ?
Quel nom faut-il que je donne au sentiment qui les tient liés ?
Elle l’aime : cela signifie qu’elle le préfère à tous. Elle a perdu sa mère, Philippe lui restait. Elle perd son petit Joseph, Philippe reste. Ses autres enfants peuvent mourir, Philippe vivant, elle ne sera pas inconsolable.
Elle dit : « Pourvu que je l’aie ! » comme elle dirait : « Tant qu’on a du pain, on ne meurt pas de faim ! »
Elle se passerait de tout, sauf de Philippe, et, pour cette raison, elle l’appelle, sans se creuser la tête : « Mon principal ! »
Philippe l’appelle bonnement : la vieille demoiselle !
— Aujourd’hui, dit-elle, il aime mieux se faire lécher par son chien que par moi ; mais qu’il ne vienne pas ensuite mettre sa figure contre la mienne, je n’ai pas besoin qu’il me rende les bicheries du chien !