Poil de Carotte: Mon Dieu! je n'irai pas jusqu'à prétendre que je ne me trompe jamais.

Monsieur Lepic: Veux-tu bien te taire tout de suite, nigaud. Je ne te conseille guère, si tu tiens à ta réputation de garçon d'esprit, de débiter ces bourdes devant des étrangers. On t'éclaterait au nez. A moins que, par hasard, tu ne te moques de ton père.

Poil de Carotte: Je te jure que non, papa. Mais tu as raison, pardonne-moi, je ne suis qu'un serin.

La Mouche

La chasse continue, et Poil de Carotte qui hausse les épaules de remords, tant il se trouve bête, emboîte le pas de son père avec une nouvelle ardeur, s'applique à poser exactement le pied gauche là ou M. Lepic a posé son pied gauche, et il écarte les jambes comme s'il fuyait un ogre. Il ne se repose que pour attraper une mûre, une poire sauvage et des prunelles qui resserrent la bouche, blanchissent les lèvres et calment la soif. D'ailleurs, il a dans une des poches du carnier le flacon d'eau-de- vie. Gorgée par gorgée, il boit presque tout à lui seul, car M. Lepic, que la chasse grise, oublie d'en demander.

--Une goutte, papa?

Le vent n'apporte qu'un bruit de refus. Poil de Carotte avale la goutte qu'il offrait, vide le flacon, et la tête tournante, repart à la poursuite de son père. Soudain, il s'arrête, enfonce un doigt au creux de son oreille, l'agite vivement, le retire, puis feint d'écouter, et il crie à M. Lepic:

--Tu sais, papa, je crois que j'ai une mouche dans l'oreille.

Monsieur Lepic: Ote-la, mon garçon.

Poil de Carotte: Elle y est trop avant, je ne peux pas la toucher. Je l'entends qu'elle bourdonne.