Il ne répond rien; il bouche ses oreilles, et sa tête rousse disparaît. Les voisins se rangent au bas de l'escalier et attendent les nouvelles.

Enfin madame Lepic s'avance. Elle est pâle comme une accouchée, et, fière d'avoir couru un grand danger, elle porte devant elle son doigt emmailloté avec soin. Elle triomphe d'un reste de souffrance. Elle sourit aux assistants, les rassure en quelques mots et dit doucement à Poil de Carotte:

--Tu m'as fait mal, va, mon cher petit. Oh! je ne t'en veux pas; ce n'est pas de ta faute.

Jamais elle n'a parlé sur ce ton à Poil de Carotte. Surpris, il lève le front. Il voit le doigt de sa mère enveloppé de linges et de ficelles, propre, gros et carré, pareil à une poupée d'enfant pauvre. Ses yeux secs s'emplissent de larmes.

Madame Lepic se courbe. Il fait le geste habituel de s'abriter derrière son coude. Mais, généreuse, elle l'embrasse devant tout le monde.

Il ne comprend plus. Il pleure à pleins yeux.

--Puisqu'on te dit que c'est fini, que je te pardonne! Tu me crois donc bien méchante?

Les sanglots de Poil de Carotte redoublent.

--Est-il bête? On jurerait qu'on l'égorge, dit madame Lepic aux voisins attendris par sa bonté.

Elle leur passe l'hameçon, qu'ils examinent curieusement. L'un d'eux affirme que c'est du numéro 8. Peu à peu elle retrouve sa facilité de parole, et elle raconte le drame au public, d'une langue volubile.