Poil de Carotte: Alors, je peux aller jouer, maman?
Madame Lepic: Sans doute. Amuse-toi, tu ne t'amuseras jamais plus jeune. Emporte tes deux pièces.
Poil de Carotte: Oh! maman, une me suffit, et même je te prie de me la serrer jusqu'à ce que j'en aie besoin. Tu serais gentille.
Madame Lepic: Non, les bons comptes font les bons amis. Garde tes pièces. Les deux t'appartiennent, celle de ton parrain et l'autre, celle du poirier, à moins que le propriétaire ne la réclame. Qui est-ce? Je me creuse la tête. Et toi, as-tu une idée?
Poil de Carotte: Ma foi non et je m'en moque, j'y songerai demain. A tout à l'heure, maman, et merci.
Madame Lepic: Attends! si c'était le jardinier?
Poil de Carotte: Veux-tu que j'aille vite le lui demander?
Madame Lepic: Ici, mignon, aide-moi. Réfléchissons. On ne saurait soupçonner ton père de négligence, à son âge. Ta soeur met ses économies dans sa tirelire. Ton frère n'a pas le temps de perdre son argent, un sou fond entre ses doigts. Après tout, c'est peut-être moi.
Poil de Carotte: Maman, cela m'étonnerait; tu ranges si soigneusement tes affaires.
Madame Lepic: Des fois les grandes personnes se trompent comme les petites. Bref, je verrai. En tout cas ceci ne concerne que moi. N'en parlons plus. Cesse de t'inquiéter; cours jouer, mon gros, pas trop loin, tandis que je jetterai un coup d'oeil dans le tiroir de ma table à ouvrage.