Grand frère Félix: Mais où sont-ils? On ne peut pas tout savoir. Asseyons-nous.
Les marches de l'escalier froides sous leurs fesses, ils se sentent une faim inaccoutumée. Par des bâillements, des chocs de poing au creux de la poitrine, ils en expriment toute la violence.
Grand frère Félix: S'ils s'imaginent que je les attendrai!
Poil de Carotte: C'est pourtant ce que nous avons de mieux à faire.
Grand frère Félix: Je ne les attendrai pas. Je ne veux pas mourir de faim, moi. Je veux manger tout de suite, n'importe quoi, de l'herbe.
Poil de Carotte: De l'herbe! c'est une idée, et nos parents seront attrapés.
Grand frère Félix: Dame! on mange bien de la salade. Entre nous, de la luzerne, par exemple, c'est aussi tendre que de la salade. C'est de la salade sans l'huile et le vinaigre.
Poil de Carotte: On n'a pas besoin de la retourner.
Grand frère Félix: Veux-tu parier que j'en mange, moi, de la luzerne, et que tu n'en manges pas, toi?
Poil de Carotte: Pourquoi toi et pas moi?