Honorine: Dans ce cas-là, madame Lepic, ne soufflez mot. Maintenant je me crois utile et je crierais à l'injustice si vous me chassiez. Mais le jour où je m'apercevrai que je deviens à charge et que je ne sais même plus faire chauffer une marmite d'eau sur le feu, je m'en irai tout de suite, toute seule, sans qu'on me pousse.

Madame Lepic: Et sans oublier, Honorine, que vous trouverez toujours un restant de soupe à la maison.

Honorine: Non, madame Lepic, point de soupe; seulement du pain. Depuis que la mère Maïtte ne mange que du pain, elle ne veut pas mourir.

Madame Lepic: Et savez-vous qu'elle a au moins cent ans? et savez-vous encore une chose, Honorine? les mendiants sont plus heureux que nous, c'est moi qui vous le dis.

Honorine: Puisque vous le dites, je dis comme vous, madame Lepic.

La Marmite

Elles sont rares pour Poil de Carotte, les occasions de se rendre utile à sa famille. Tapi dans un coin, il les attend au passage. Il peut écouter, sans opinion préconçue, et, le moment venu, sortir de l'ombre, et, comme une personne réfléchie, qui seule garde toute sa tête au milieu de gens que les passions troublent, prendre en mains la direction des affaires.

Or il devine que madame Lepic a besoin d'un aide intelligent et sûr. Certes, elle ne l'avouera pas, trop fière. L'accord se fera tacitement, et Poil de Carotte devra agir sans être encouragé, sans espérer une récompense.

Il s'y décide.

Du matin au soir, une marmite pend à la crémaillère de la cheminée. L'hiver, où if faut beaucoup d'eau chaude, on la remplit et on la vide souvent, et elle bouillonne sur un grand feu.