Du front, des genoux poussant le mur, comme s'il voulait l'abattre, les mains plaquées sur les fesses pour parer le pinçon qui va venir au premier appel des vibrations sonores, Poil de Carotte se rendort dans le grand lit où il repose, à côté de sa mère, au fond.
Sauf votre Respect
Peut-on, doit-on le dire? Poil de Carotte, à l'âge où les autres communient, blancs de coeur et de corps, est resté malpropre. Une nuit, il a trop attendu, n'osant demander.
Il espérait, au moyen de tortillements gradués, calmer le malaise.
Quelle prétention!
Une autre nuit, il s'est rêvé commodément installé contre une borne, à l'écart, puis il a fait dans des draps, tout innocent, bien endormi. Il s'éveille. Pas plus de borne près de lui qu'à son étonnement!
Madame Lepic se garde de s'emporter. Elle nettoie, calme, indulgente, maternelle. Et même, le lendemain matin, comme un enfant gâté, Poil de Carotte déjeune avant de se lever.
Oui, on lui apporte sa soupe au lit, une soupe soignée, où madame Lepic, avec une palette de bois, en a délayé un peu, oh! très peu.
A son chevet, grand frère Félix et soeur Ernestine observent Poil de Carotte d'un air sournois, prêts à éclater de rire au premier signal. Madame Lepic, petite cuillerée par petite cuillerée, donne la becquée à son enfant. Du coin de l'oeil, elle semble dire à grand frère Félix et à soeur Ernestine:
--Attention! préparez-vous!