Poil de Carotte: Pour la mienne, je te la cède. Mange voir.

Parrain: Ceux-ci sont un peu gros. Il faudrait d'abord les faire griller, puis les écarter sur du pain. Mais je mange crus les petits, par exemple ceux des prunes.

Poil de Carotte: Oui, je sais. Aussi tu dégoûtes ma famille, maman surtout, et dès qu'elle pense à toi, elle a mal au coeur. Moi, je t'approuve sans t'imiter, car tu n'es pas difficile et nous nous entendons très bien.

Il lève sa lanterne, attire une branche de prunier et cueille quelques prunes. Il garde les bonnes et donne les véreuses à parrain qui dit, les avalant d'un coup, toutes rondes, noyau compris;

--Ce sont les meilleures.

Poil de Carotte: Oh! je finirai par m'y mettre et j'en mangerai comme toi. Je crains seulement de sentir mauvais et que maman ne le remarque, si elle m'embrasse.

--Ça ne sent rien, dit parrain, et il souffle au visage de son filleul.

Poil de Carotte: C'est vrai. Tu ne sens que le tabac. Par exemple tu le sens à plein nez. Je t'aime bien, mon vieux parrain, mais je t'aimerais davantage, plus que tous les autres, si tu ne fumais pas la pipe.

Parrain: Canard! canard! ça conserve.

Mathilde