Autrefois, dans la classe bourgeoise et même parmi le peuple, les enfants ne tutoyaient pas leurs parents, et certes ils ne les aimaient pas moins pour cela. Mais vinrent les Immortels principes, qui supprimèrent, avec tant d'autres choses, cette marque de respect.
Le vous échappa à la guillotine, mais non pas à la proscription. Un traité de politesse présenté à la Convention, porte en toutes lettres:
Article premier.—La politesse de la République est celle de la nature.
Article second.—Il n'y a pas de vous dans la République; tous les citoyens sont des tu, des toi.
Est-ce assez grotesque?
Le Vaudeville n'eut garde de laisser échapper cette occasion de bon rire. Nous nous rappelons avoir vu jouer, sous la Restauration, une pièce intitulée les Trois Innocents, dans laquelle un des personnages, se jetant aux pieds de sa maîtresse, lui disait avec autant d'esprit que de bonheur:
Je ne connais à vos genoux
Que toi de plus joli que vous.
Les partisans, les défenseurs du tutoiement auront beau dire. Il est tout au moins choquant d'entendre un jeune homme de vingt ans tutoyer son grand-père, vieillard de soixante-dix ou quatre-vingts ans, ou bien un oncle, une tante du même âge. L'on rencontre même aujourd'hui des gendres qui poussent l'oubli des convenances jusqu'à tutoyer leur belle-mère.
Où s'arrêtera le progrès?