—Eh! mon Dieu, capitaine, ne voyez-vous pas que vous m'avez fait ma chaussure beaucoup trop juste?
Après l'aventure du Cordonnier pour dames, celle du Changeur du Palais-Royal:
Un sergent de la garde nationale avait été invité au château, à son tour de légion. Il ne manquait jamais, quand cette bonne fortune lui arrivait, de se poser gracieusement devant le maître de la maison et de lui sourire avec une bienveillance affectée. Ce manège s'étant renouvelé à diverses reprises, pendant la soirée, l'auguste amphytrion voulut en avoir le cœur net. Il s'approche du sergent-major et l'interroge sur ce qui peut lui valoir ses politesses réitérées.
Celui-ci, sans se déconcerter, répond aussitôt:
—Sire, nous sommes de vieilles connaissances. C'est chez moi que, depuis dix ans, Altesse Royale ou Majesté, vous envoyez chaque mois changer vos pièces d'or contre des pièces de cent sous...
Le roi se mordit les lèvres et tourna le dos.
Que si l'on demande maintenant:
«Comment en vil argent l'or pur se changeait-il?»
Nous dirons que le Trésor public avait l'habitude de payer en or la Liste Civile. Et comme il y avait à réaliser sur le change un bénéfice assez rondelet, le roi des Français n'avait garde d'y manquer, tous les 30 ou 31 du mois.