Ce fut à l'hôtel de Rambouillet, dit l'historien de Mme de Maintenon, que naquit réellement la conversation: cet art si charmant, dont les règles ne peuvent se dire, qui s'apprend à la fois par la tradition et par un sentiment de l'exquis et de l'agréable; où la bienveillance, la simplicité, la politesse nuancée, s'étiquette même et la science des usages, la variété des tons et des sujets, le choc des idées différentes, les récits piquants et animés, une certaine forme de dire et de conter, les bons mots qui se répètent, la finesse, la grâce, la malice, l'abandon, l'imprévu, se trouvent sans cesse mêlés, et forment un des plaisirs les plus vifs que les esprits délicats peuvent goûter.
Essayons d'indiquer, tout au moins par aperçu, ce qu'était la conversation du XVIIe siècle. Généralement on s'en fait une fausse idée; on croit que, soumise aux exigences d'une inflexible étiquette, elle était gourmée et solennelle. On va voir qu'il n'en est rien et qu'elle se distingue, au contraire, par une grande liberté d'allure et de mouvement.
Le marquis de Vardes est rappelé de son gouvernement d'Aigues-Mortes, à la suite d'un exil de vingt ans.
Après une première entrevue, raconte Mme de Sévigné, le Roi fit appeler le Dauphin et le présenta comme un jeune courtisan. M. de Vardes le reconnut et le salua. Le Roi lui dit en riant:
—Vardes, voilà une sottise; vous savez bien qu'on ne salue personne devant moi.
—Sire, je ne sais plus rien, j'ai tout oublié; il faut que Votre Majesté me pardonne jusqu'à trente sottises.
—Eh bien! je le veux, dit le Roi; reste à vingt neuf...
Et tout se passe sur ce ton de liberté et d'agrément.
Partons maintenant pour Saint-Cyr; allons voir jouer Esther.