—On s’en passe.
—Ce n’est pas vous, Julie, qui voudriez marier votre fille contre son gré?
—Contre son gré!... Qui parle de cela?
—Vous ne voudriez pas la marier sans avoir consulté ses goûts?
—J’ai mieux fait que de consulter ses goûts, répliqua d’un ton sec madame de La Varenne, j’ai cherché son bonheur, dont je crois être meilleur juge que vous, mon cher ami. Quoi que Thérèse puisse penser, je suis tranquille, elle me remerciera plus tard.
—A merveille, Madame, à merveille! Je ne suis qu’un soldat, et vous vous entendez sans doute mieux que moi à la conduite de la vie. D’où vient donc cependant l’accablement profond que cette jeune fille s’efforce en vain de dissimuler? Qu’à la veille de faire un mariage d’argent, elle restât froide, indifférente, je le comprendrais, j’y verrais la marque d’une âme délicate et fière; mais comment expliquer son front chargé d’ennui, sa poitrine oppressée, son regard abattu, ses paupières brûlées de larmes? Vous vivez avec elle, rien de tout cela ne vous frappe. Je vous affirme, moi, que cette enfant est malheureuse.
—Malheureuse, ma fille?
—Oui, Julie, malheureuse. Si cette enfant n’était pas condamnée seulement au supplice d’épouser sans amour un homme qu’elle connaît à peine! Êtes-vous descendue au fond de son cœur? Êtes-vous bien sûre au moins qu’elle n’a d’amour pour personne?
—Vous n’avez que romans en tête! Parce que Thérèse n’a pas l’entrain et la gaieté de cette évaporée de Champlieu, il vous plaît de voir en elle une victime. Ma fille a grandi sous mes yeux, qui voulez-vous qu’elle aime? L’Oiseau bleu? le prince Charmant?
—L’an passé, au dernier automne, n’avez-vous pas reçu dans votre intimité un de vos voisins de campagne?