—Savez-vous bien, dit enfin madame de La Varenne, que vous m’avez fait à peine compliment sur le mariage de ma fille? Vous ne pouvez nier pourtant que ce ne soit un mariage magnifique!
—J’en conviens, repartit Evrard arraché brusquement à sa rêverie. Trois cent mille livres de rente! Palais à la ville, palais à la campagne! Votre gendre est fils de ses œuvres, m’avez-vous dit. Pour peu qu’il soit jeune encore, il n’a pas perdu son temps. Dans quelle carrière s’est-il enrichi?
—Dans l’industrie, dans la banque, dans les affaires.
—Dans les affaires?
—Honorablement, au grand jour.
—Je veux le croire, et bien qu’en général je me défie de ces fortunes si rapides, bien que la probité, le travail et l’intelligence ne suffisent pas toujours à les élever, je le tiens pour galant homme du moment que vous l’avez choisi. Votre fille aime le mari que vous lui destinez?
—Comment l’entendez-vous?
—Je ne pense pas, ma chère, qu’il y ait deux façons de l’entendre. Tantôt, en vous écoutant pendant que vous énumériez avec complaisance tous les avantages attachés à la grande alliance que vous allez faire, j’observais mademoiselle de La Varenne, et il m’a semblé que son attitude et sa physionomie ne répondaient pas à la joie qui éclatait dans vos discours. Je vous demande, au nom d’une ancienne amitié, si le gendre de votre choix a su gagner les sympathies de votre fille, si elle se sent entraînée vers lui, si elle l’aime, en un mot... Est-ce clair?
—Oh! je ne dis pas que Thérèse soit follement éprise de son fiancé. Comment l’aimerait-elle? C’est à peine si elle le connaît. Le mariage n’est point affaire de passion et d’entraînement. On se marie, l’amour vient ensuite.
—Et s’il ne vient pas?