—Ne raillez pas, répondez franchement. Pensez-vous qu’un homme sérieux, très-sérieux, pourrait s’attacher à une écervelée comme moi, qu’il consentirait à devenir mon guide, mon appui?

—Je pense que vous êtes une adorable créature, et qu’il n’est pas un galant homme qui ne fût heureux de vous donner son nom.

—C’est vrai, ce que vous me dites-là?

—Oui, certes, très-vrai.

—Je suis riche, orpheline, et mes vieux parents m’estiment assez pour ne vouloir contrarier ni mes goûts ni ma liberté. Voyez jusqu’où va ma confiance, je compte sur vous pour offrir ma main à celui qu’entre tous j’ai choisi. Vous lui direz que, s’il la refuse, mademoiselle de Champlieu ne se mariera jamais.

—Mais, demanda Evrard très-ému, je le connais donc?

—Oui, vous le connaissez. C’est un soldat d’Afrique, l’honneur et la loyauté même.

—Qui donc enfin?

—C’est, dit Marthe en levant sur lui ses beaux yeux pleins de larmes, c’est le colonel de votre régiment.

Que répondit Evrard? Toi-même, ami lecteur, à sa place qu’aurais-tu répondu? Il ne retourna pas seul en Afrique; il emportait avec lui le plus rare de tous les trésors, une femme d’un esprit gai, d’une âme droite et d’un cœur sincère.