—Vous vous aimez? dit Bernard encore une fois.
—Il a ma foi, répondit Hélène.
—Adieu donc! ajouta Bernard d'un air sombre. Adieu, rêve envolé! murmura-t-il d'une voix étouffée en suivant des yeux, à travers ses larmes, Hélène qui s'éloignait pensive.
XVI
Le lendemain était le jour fixé pour la signature de l'acte de désistement. Sur le coup de midi, le marquis, Hélène, madame de Vaubert et un notaire venu tout exprès de Poitiers, se trouvaient réunis dans le grand salon du château, qui se ressentait déjà du désordre du prochain départ. On n'attendait plus que Bernard. Hélène était grave et fière; le marquis, heureux d'en finir, était léger comme un papillon.
—Eh bien! madame la baronne, disait-il gaiement en se frottant les mains, nous allons donc vivre dans votre petit castel, nous allons reprendre le petit train de notre vie d'Allemagne. Ce sera charmant, nous pourrons encore nous croire en exil. C'est à vous, généreuse amie, que le dernier des La Seiglière aura dû le pain et le sel.
Madame de Vaubert souriait; mais une violente préoccupation se trahissait sur son front et dans son regard.
Bernard entra bientôt, éperonné, botté, la cravache au poing. La baronne se prit tout d'abord à l'observer avec inquiétude; mais nul n'aurait pu deviner sur le visage de cet homme ce qui se passait dans son cœur.
Après avoir lu à haute et intelligible voix l'acte qu'il avait rédigé d'avance, le marquis prit une plume, releva sa manchette de point d'Angleterre, signa sans sourciller, et offrit à Bernard, avec une politesse exquise, la feuille aux armoiries du fisc.
—Monsieur, lui dit-il en souriant avec grâce, vous voici rentré authentiquement dans la sueur de monsieur votre père.