Le moment était décisif; madame de Vaubert pâlit et attacha sur Bernard un regard ardent.

Bernard hésita; impassible et morne il paraissait n'avoir rien vu, rien entendu. Un éclair de triomphe traversa les yeux de la baronne.

—Ventre-saint-gris! Monsieur, s'écria le marquis, allez-vous faire des façons maintenant?

—Noble jeune homme! murmura la baronne d'une voix attendrie.

Comme s'il se fût réveillé en sursaut, Bernard tressaillit, prit la feuille de la main du marquis avec une brusquerie militaire, la plia en quatre, la glissa dans la poche de sa redingote, qu'il reboutonna aussitôt, puis se retira gravement, sans avoir dit une parole.

Madame de Vaubert resta consternée.

—Allons! dit le marquis en belle humeur, voilà une bonne journée qui ne nous coûte qu'un million.

—Me serais-je trompée? se demanda madame de Vaubert d'un air visiblement préoccupé. Est-ce que décidément ce Bernard ne serait qu'un vaurien?

—Mon Dieu! qu'il avait donc l'air triste et sombre! se dit mademoiselle de La Seiglière, dont le cœur frissonnait sous un vague pressentiment.

La journée s'acheva au milieu des derniers préparatifs de l'expatriation. Le marquis décrocha lui-même assez gaîment les vénérables portraits de ses aïeux, et sur chacun trouva le mot pour rire; mais la baronne ne riait pas. Hélène s'occupa de recueillir ses livres, ses broderies, ses albums, ses palettes et ses aquarelles. Bernard, aussitôt après la séance qui venait de le réintégrer solennellement dans ses droits, était monté à cheval; il ne rentra que bien avant dans la nuit. En traversant le parc, il aperçut mademoiselle de La Seiglière qui veillait à sa fenêtre ouverte; il demeura longtemps, appuyé contre un arbre, à la contempler.