L'idée m'est venue de visiter les cimetières où sont enterrés ceux qui sont morts pour le peuple. Je suis parti de bonne heure souvent, pour aller réfléchir devant ces tombes de tribuns et de poètes.
J'ai rôdé autour des grilles, j'ai dérangé des veuves qui apportaient des bouquets.
Je ferai l'histoire de ces morts, je citerai les phrases gravées au couteau sur la pierre—en essayant de jeter un éclair dans le noir de ces cimetières. Il y a des fleurs qui piquent de rouge l'herbe terne: je mettrai des phrases rouges aussi.
«Ce Vingtras qui blague toujours, il choisit ce sujet là!…»
Je blague toujours—mais quand nous sommes entre nous, il ne servirait à rien d'avoir l'air de croque-morts. Il faut être grave quand on parle au peuple.
On ne fait pas le journal, bien entendu.
On aurait un imprimeur qu'on ne le ferait pas davantage. Tout le monde veut écrire le _Premier Paris, _avoir les plus grosses lettres, et un titre très noir dans une masse de blanc. Il n'y aurait que des grosses lettres et des titres énormes. Pas de place pour les articles!
Puis on se battrait deux jours après.
Je serais accusé sûrement de _baver _sur les tombeaux; car il y a des morts que je jugerais à l'égyptienne et dont je souffletterais le crâne.
Quelques phrases de Matoussaint m'ont fait personnellement bondir; je n'oublie pas que c'est lui qui a dit, à propos de Renoul caressé par Béranger: «Bercé sur les genoux de cette tête vénérée.»