N'importe, il me semble que Renoul, aux grands beaux yeux honnêtes, au coeur droit, plein de courage, aurait le langage plus jeune et plus vivant encore, s'il n'avait pas, à dix-sept ans, Lisette, la tabatière et la douillette. Tout cela ramassé dans la houppelande et les poésies de Béranger!

Béranger!

Mon père avait un portefeuille qui en était plein.

À côté de vers bachiques imitant un verre, une gourde, il y avait les Gueux:

Les gueux, les gueux
Sont des gens heureux,
Qui s'aiment entre eux,
Vivent les gueux!

«Les gueux sont des gens heureux, qui s'aiment entre eux»—mais on se cogne et l'on s'assassine entre affamés!

«Les gueux sont des gens heureux!» Mais il ne faut pas dire cela aux gueux! s'ils le croient, ils ne se révolteront pas, ils prendront le bâton, la besace, et non le fusil!

Et puis, et puis—oh! cela m'a paru infâme dès le premier jour! —ce Béranger, il a chanté Napoléon!

Il a léché le bronze de la colonne, il a porté des fleurs sur le tombeau du César, il s'est agenouillé devant le chapeau de ce bandit, qui menait le peuple à coups de pied, et tirait l'oreille aux grenadiers que Hoche avait conduits sur le Rhin et dans la Vendée: Hoche qu'il fit peut-être empoisonner, comme on dit qu'il fit poignarder Kléber!…

Ce poète en redingote longue baise les pans de la redingote grise!