Deux redingotes sur lesquelles je crache!

Tiens, imbécile! tiens, lèche-éperons!

Ah, ma foi, je l'ai dit tout haut à Renoul lui-même un jour qu'il vantait la sagesse de Béranger donnant sa démission de député le lendemain de Février.

«Cette sagesse-là, mais c'est de la sagesse de lâche.

—Ne répète pas! a crié Renoul, sautant sur moi.

—Je ne répéterai pas si c'est toi que je blesse, mais si j'ai le droit de dire ce que je pense, je le crierai en pleine rue. Est-ce que tu crois qu'il n'y en a pas d'autres qui voudraient n'être pas à la Chambre et qui y restent par devoir.—Il ne savait pas parler, dis-tu! Pas besoin de savoir parler; il aurait toujours pu en juin se lever, avec ses longs cheveux, sa tête de vénérable, et crier après Lamennais «Anathème, anathème aux fusilleurs!». Il aurait pu au moins aller aux barricades comme l'archevêque. Il aurait pu obliger les bourgeois de la Chambre à lancer un sergent contre lui pour le détacher de la tribune et crocheter ses soixante ans déguenillés par la lutte. Il aurait pu de sa voix de vieillard, pendant qu'on l'entraînait, crier: Armistice, armistice!»

Béranger a presque creusé un abîme entre nous! Tant pis! Je ne croirais pas être honnête si je ne parlais pas comme je le fais.

Je serai peut-être forcé de ne plus revenir; je perdrai ce coin de camaraderie et de bonheur; mais je ne puis cacher mon étonnement, ma douleur, ma colère, de voir saluer cet homme par des révolutionnaires de dix-sept ans.

C'est à faire rire vraiment!

Avec son allure de vicaire de campagne, prenant l'air bon enfant et patriote, il va en mission chez les simples, dans les mansardes, dans les cabanes, pour mettre de la pâte sur les colères, les empêcher de fermenter et d'éclater en coups de feu!