Personne ne dit mot pendant un moment, enfin quelqu'un crie: «Le Comité des Jeunes…»

—Oui, oui! le Comité des Jeunes!…

—Silence! fait Matoussaint avec un geste et une voix de vieux de la montagne; sachons bien que nous nous appelons le Comité des Jeunes, mais sachons-le seuls! Que nul sur terre ne nous connaisse! Ne nous révélons que le jour où nous déploierons notre bannière dans la bataille, où nous écrirons ce nom, tout du long, avec du sang, sur une guenille de drap noir.

—Pourquoi une guenille?»

On me fait taire et Matoussaint reprend, avec une modestie digne des temps antiques:

«Mon rôle est fini. Vous vous êtes constitués—le Comité des Jeunes vit. À vous maintenant de nommer votre président; celui qui, en cas de danger, doit mourir et marcher à votre tête.

—À demain, à demain pour l'élection, crient plusieurs voix. À demain!»

Samedi, minuit un quart.

On vient de dépouiller les votes; on a voté sur de vieilles cartes prises dans un jeu de bézigue qui restera dépareillé; on ne fera plus le cinq cents. J'avais le valet de carreau, et j'ai allumé ma pipe avec.

Vingtras, Vingtras, Vingtras. Trois Vingtras. C'est la majorité.