Qu'allons-nous devenir?

Moi, je vais partir. Mon père m'a écrit qu'il fallait revenir— revenir sur-le-champ!

On prétend à Nantes que j'étais parmi les insurgés et que j'ai été blessé à une barricade.—Il est destitué si je n'arrive pas pour démentir ce bruit par ma présence.

Devant cette peur de destitution, je dois obéir, quoique cependant je sois malade.

Dans le froid de ces trois nuits de décembre, mon bras droit s'est glacé. Je n'ai pas une plaie glorieuse, j'ai un rhumatisme bête qui me supplicie l'épaule gauche.

N'importe, je retournerai. Mais il y a une question qui me rend bien malheureux.

Je dois à l'hôtel; c'est grâce à Alexandrine que j'ai eu crédit.

Je pensais payer à la première éclaircie de journalisme ou de professorat libres. Je ne dois pas beaucoup. Je dois un peu plus de cent francs. Voilà tout.

Depuis le départ du Russe je mangeais à trente deux francs par mois—le café au lait le matin; le boeuf, le soir.

J'écris la situation à Nantes, en suppliant qu'on m'envoie de quoi m'acquitter avant que je parte. J'aurais honte de rester le débiteur du père après avoir été l'amoureux de la fille.