Le vieux collège me menace encore de sa silhouette lugubre, de son silence monacal.

Je ne puis entrer dans la ruelle qui longe ses murailles, sans me rappeler les années affreuses, où, quatre fois par jour, je montais ou descendais ce chemin, pavé de pierres pointues qui avaient la barbe verte. Au milieu, quand il pleuvait, courait un flot vaseux qui entraînait des pourritures.

En été, il y faisait bon, quelquefois; mais mon père me disait: «Repasse ta leçon», et je n'avais pas même la joie de renifler l'air pur, de regarder se balancer les arbres de la grande cour, troués par le soleil et fourmillant d'oiseaux.

Au coude, à l'endroit où la ruelle tournait, se trouvait une maison garnie de fleurs aux croisées et qui montrait, à dix heures, une de ses chambres ouverte au frais, toute gaie et bien vivante.

Mais il était défendu de s'arrêter pour voir, parce que, paraît-il, cette maison était le nid d'un ménage immoral, où l'homme et la femme se couraient après pour s'embrasser. J'avais risqué un oeil deux ou trois fois; ma mère m'avait surpris et retiré brusquement en arrière comme si j'allais tomber dans un trou.

Une vieille dame qu'elle connaissait et qui demeurait en face avait été chargée de l'avertir.

«Si Jacques regarde, vous me le direz.»

Et cette femme, à l'heure du collège, m'espionnait, le nez aplati contre la vitre, la bouche méchante, l'air ignoble—bien plus ignoble que les deux amoureux qui s'embrassaient en face.

Elle y est encore, cette moucharde!—elle a des mèches grises maintenant, qui passent sous son bonnet crasseux du matin; elle me dévisage d'un regard vitreux, et il me semble qu'elle me vieillit en arrêtant sa prunelle ronde sur moi!

À travers la grille du collège j'aperçois la cour des classes…