«Vous me donnerez ce que vous voudrez», ai-je dit.

J'ai même ajouté que c'était pour m'occuper, plutôt que pour gagner de l'argent, et il est entendu que moyennant vingt francs par mois j'enseignerai, une heure par jour, un petit mulâtre dont le père de mon camarade est le correspondant. Il me paiera vingt francs et en comptera peut-être cinquante à la famille; c'est ce qui m'a fait avoir la répétition, probablement.

Je repasse mon Burnouf, je prends un _Conciones _dans la bibliothèque de mon père, et je vais donner ma leçon au mulâtre.

Je reviens—c'est l'heure du dîner.—Ma mère est seule à table. Elle est fort pâle et m'annonce que mon père a une explication à me demander avant de consentir à s'asseoir près de moi.

«Laquelle donc?

—Il paraît que tu donnes tes répétitions au rabais, maintenant…»

Mon père entre sur ces entrefaites; il essaie d'être calme, mais il ne peut y parvenir. Il est forcé de se lever et sort pâle comme un linge.

J'interroge ma mère.

«Mais, malheureux, si tu fais payer tes répétitions vingt francs, comment veux-tu que ton père les fasse payer quarante!… Ton père en est malade…

—Dis-lui qu'il peut ôter son bonnet de nuit; je ne donnerai pas de répétition à vingt francs, je ne ferai pas baisser les prix!»