Ah! ce livre! où il y a de toutes les écritures, où les doigts ont fait des marques de toute crasse et de toute fièvre!…
Balzac, sans doute, a choisi l'hôtel qui lui paraissait répondre le mieux à l'ambition et au caractère de son héros…—C'est à donner la chair de poule!
Je suis gelé par l'aspect misérable de cette maison. Ma fenêtre donne sur un mur. Je ne puis pas regarder Paris et le menacer du poing comme Rastignac! Je ne vois pas Paris. Il y a ce mur en face, avec des crottes d'oiseaux dessus. Dans un coin—sur une tuile rongée—un chat qui me regarde avec des yeux verts.
Je suis installé.
On a refait le lit, mis des draps blancs, fermé la table de nuit, effacé la tache d'encre. On a même apporté sur la cheminée un vase en albâtre avec lequel j'ai envie de me frotter: il ressemble à du camphre. On a ajouté à mes gravures un Napoléon au siège de Toulon, qui a vraiment l'air d'avoir la gale. Je voulais le renvoyer d'abord, à cause de mes opinions; mais je le garde, tout bien réfléchi—je cracherai dessus de temps en temps.
Je meurs d'ennui chez moi!
J'avais été si heureux, jadis, à ma première arrivée, hôtel Riffault. Il me restait dans un morceau de journal, un bout de côtelette que m'avait laissé Angelina, dans le cas où j'aurais faim la nuit… J'étais heureux parce que je me sentais libre!
Je me sens à peine libre aujourd'hui dans cette chambre trois fois plus grande, où je puis faire les cent pas.
C'est que je suis plus vieux, c'est que j'ai déjà été mon maître dans Paris!
Hôtel Riffault, je sortais du collège: voilà tout, aujourd'hui j'entre dans la vie.