Quelquefois, le soir, il me donne rendez-vous dans une espèce d'écurie où il enseigne deux pelés et un tondu—et je me livre à la_ savate_, faute de mieux! J'ai des dispositions, paraît-il.
J'arrive à être un_ tireur_—ce qui ne me donne pas mes entrées dans le grand monde et ne m'aidera pas à être de l'Académie, mais ce qui me met en relation avec des saltimbanques.
Mes professeurs, mes recommandeurs, ne m'ont pas jusqu'ici trouvé pour un sou d'ouvrage. Les saltimbanques m'en procurent.
Ceux qui ont une médaille de charlatan, un écriteau de monstre, prenant la place de mes maîtres chargés de diplôme et d'hermine, m'offrent honnêtement de leur rédiger des boniments, des_ __parades_, des affiches pour la lutte, Au tombeau des hommes forts, et des récits de prophéties miraculeuses pour des élèves de Mlle Lenormand à trois sous la séance!…
Je me suis lié avec ce monde-là dans la salle de chausson.
Un champion du pujullasse antique, comme il est dit à la parade, est venu tirer (en manière de rigolade), avec deux ou trois prévôts de régiment, camarades du père Noirot, mon voisin. Je me suis moi-même aligné, et l'on s'est touché la main, comme on fait en public, sur la sciure de bois.
Le saltimbanque m'a emmené après l'assaut à la Barrière du Trône, où est sa baraque.
Pour rire, je suis entré avec lui un dimanche matin chez les monstres; je les ai vus en déshabillé. De fil en aiguille, nous sommes devenus deux amis et l'on a fini par me faire des commandes dans les _caravanes _célèbres.
C'est surtout pour les_ Alcides_ que j'ai à travailler.
On me demande des affiches d'avance pour faire imprimer les soirs de grande séance en province. J'en prépare qui sont des épopées.