«Je vous demande pardon. J'avais entendu Jacquesson, la marque à deux mille francs la bouteille, du poiré de Champagne!
—Ah! ah! ah!» Je ris comme d'un calembour fait entre marquis à la Pomme de pin, mais il était temps. Mal habillé je n'aurais pas trouvé Jack-sonn, et je n'aurais pas ri d'un rire de marquis, bien sûr.
Je me lève de table un peu éméché comme dirait la mère Mouton, mais ma griserie consiste à croire que je descends d'une famille noble et je raconte, la jambe en l'air dans un fauteuil, une aventure arrivée à un de mes ancêtres qui ne voulait pas saluer le roi. Je n'oublie pas malgré mes habits et ma griserie mes opinions républicaines.
L'un de mes ancêtres s'est trouvé avec un roi, il a dû le saluer pourtant. Car nous sommes une noblesse d'écurie. Du côté de mon père on élevait les cochons, dans ma lignée maternelle on gardait les vaches. Nous portons pied de cochon sur queue de vache, avec une tête de veau dans le fond de l'écusson.
Je donne mes répétitions à cinq francs l'heure.
M. Caumont a déclaré qu'il me fallait un habit du matin.
J'ai toujours vu le matin représenté en jaune clair ou en bleu pâle dans les ballets et dans les pièces de vers. Vais-je être en matin de pièce de vers ou de féerie? Aurai-je des gouttes de rosée? M'entr'ouvrirai-je de quelque part au soleil levant?
Non. J'ai un vêtement dont M. Caumont lui-même est enchanté, qui est «du matin» au possible. Oh mais! Comme c'est du matin!
M. Caumont ajoute que c'est un vêtement de neuf heures à midi— pas avant neuf heures, pas après midi.
Je le garde pourtant jusqu'à une heure, deux heures même, quelquefois!—Car ma leçon va jusque-là—Ma leçon? C'est-à-dire la correction des cahiers de l'enfant, qu'on éloigne…