Il y a deux heures que je savoure cette émotion.
Je finis par m'étendre sur mon lit maigre, et par les carreaux fêlés je regarde le ciel, je l'emplis de mes rêves, j'y loge mes espoirs, je le raye de mes craintes; il me semble que mon coeur— comme un oiseau—plane et bat dans l'espace.
Puis, c'est le sommeil qui vient… le songe qui flotte dans mon cerveau d'évadé…
À la fin mes yeux se ferment et je m'endors tout habillé, comme s'endort le soldat en campagne.
Le matin, au réveil, ma joie a été aussi grande que la veille.
Il venait justement un soleil tout clair d'un ciel tout bleu, et des bandes d'or rayaient ma couverture terne; dans la maison une femme chantait, des oiseaux piaillaient à ma fenêtre.
On m'a fait cadeau d'une fleur. C'est la petite Riffault à qui l'on avait donné plein son tablier d'oeillets rouges, et qui, voyant ma porte ouverte, m'a crié du bas de l'échelle: «Veux-tu un oeillet, monsieur?»
Je l'ai mis dans un gros verre qui traînait sur la table boiteuse.
C'eût été une fiole de mousseline, une coupe de cristal, que j'aurais été moins heureux: dans le fond de ce verre je relisais les pages de ma vie de campagne et j'entendais vibrer des refrains d'auberge.
On avait de ces gros verres-là dans les cabarets de la Haute-Loire…