Quand je quitte la maison Riffault, lorsque je sors de cet hôtel, ce chez moi, je trouve la rue bourrée, pleine de monde et pleine de vie.

Je regarde l'heure dans une boutique, deux heures. Je me suis réveillé à huit, j'ai entendu l'horloge. Mais depuis lors, le bruit des horloges a été couvert par le bourdonnement de mes pensées et de mes rêves.

J'arrive chez Matoussaint. On me croyait mort, ou reparti, on ne savait que penser! «Qu'as-tu fait tout ce temps-là?

«Et tu n'as pas faim?

—Non.»

Et c'est vrai, je n'ai pas faim. Une fièvre de liberté nouvelle m'a nourri et soutenu. Je consens pourtant à rompre le pain béni de la gaieté, si pain il y a. Il n'y a pas que la gaieté, et l'appétit.

Mais Truchet est peut-être revenu! Allons voir Truchet! Comme
Mercadet[4] dit: «Allons voir Godeau!»

Truchet est peut être revenu. Il a peut-être retrouvé le postillon. Il y a peut-être quarante francs qui attendent aux Messageries! Quarante francs, et ici nous n'avons pas de pain!

On reste pourtant jusqu'au soir dans le quartier parce qu'il y a quelqu'un qui doit apporter cinq francs. On atteint la nuit en l'attendant.

On est allé voir si Truchet était de retour.