—Dans trois jours.

Comment on a fait pour manger ces trois jours-ci, je ne sais pas. Mais on a mangé; seulement il a fallu du temps pour trouver, c'est un travail comme un autre de recueillir son dîner dans la bohème et qui finit par être payé comme tout travail mais on ne peut faire autre chose et l'estomac ne passe à la caisse qu'à des heures irrégulières. La vie de nous tous passe à cela. Et il a fallu courir, engager, emprunter!

Ce n'est pas assez pour moi—et déjà je souffre de ce tapage en l'air, de ces courses pour du saucisson, de ces haltes devant les bocaux de prunes; je souffre de plus, encore… et je n'ose leur dire.

Il me semble qu'on ressemble un peu à des mendiants, sur notre carré.

Enfin j'ai touché mon argent! M. Truchet est revenu.

J'ai gardé six francs pour les Riffault. Mon chez moi me coûte six francs; il faut ce qu'il faut!

J'ai donné le reste à Angelina pour la pot-bouille.

Dès le premier jour on a détourné de la caisse à pot-bouille six autres francs pour aller au théâtre. Après un bon dîner, on est descendu sur la Porte-Saint-Martin où se joue la pièce qu'on veut voir: la Misère, par M. Ferdinand Dugué.

On boit en route et Matoussaint est très lancé.

Le rideau se lève.