Matoussaint me conte l'histoire de la Nymphe, journal des baigneurs.
C'est une feuille d'annonces qui vit, ou plutôt qui doit vivre, de publicité, comme le Pierrot, mais avec une idée de génie.
L'idée consiste à donner pour rien aux maisons de bains une feuille, que le baigneur lira en attendant que son eau refroidisse, que sa peau soit mûre pour le savon, que ses cors soient attendris et qu'il puisse les arracher avec ses ongles.
On pouvait laisser traîner les coins du journal dans l'eau; c'était un papier étoffe qui ne se déchirait pas et ne s'empâtait point.
«Crois-tu, disait Matoussaint en se posant le doigt sur le front comme un vilebrequin, crois-tu qu'il y avait là une pensée grande!… Malheureusement, le siècle est à la prose, l'homme de génie est un anachronisme, puis le pouvoir a démoralisé les masses… On ne se lave plus, les riches vivent dans la corruption, les pauvres n'ont pas de quoi aller à la Samaritaine. Oh! l'Empire!…»
Les rédacteurs arrivent à ce moment. Ils causent, on me laisse de côté. Cependant, à la fin, celui qui a l'air d'être le chef se penche vers Matoussaint et lui demande qui je suis.
Il dit après l'avoir écouté:
«Mais il pourrait faire notre affaire!…»
Je saute sur Matoussaint dès qu'ils sont partis.
«Il t'a parlé de moi?