Mais je ne sais plus ce que c'est qu'une canéphore.
«Si tu parlais d'une bouquetière? me dit Maria la Toquée, qui fait des vers.
—C'est une idée. Viens que je t'embrasse!»
Je préviens Boulimier.
Il me répond courrier par courrier:
«À quoi pensez-vous? Voulez-vous donc encourager les filles de nos lectrices à courir après les passants dans les rues et à leur accrocher des oeillets à la boutonnière!… Où avez-vous la tête, mon cher Vingtras!… Que personne ne se doute chez Didot que vous avez eu cette idée-là!… Si on savait que je vous fréquente, je perdrais ma place.»
Je lui réponds qu'il se trompe, et j'explique mon plan.
Je voulais peindre une petite orpheline qui, se trouvant seule au cimetière quand les fossoyeurs sont partis après avoir enterré sa mère, cueille des fleurs sur la tombe de celle qui n'est plus. La nuit venue, elle les vend pour acheter du pain.
Elle fait tous les cimetières de Paris, bien triste, naturellement! Elle se suffit avec ça. Un soir enfin, elle trouve un vieux monsieur qui est frappé de voir une bouquetière offrir des fleurs avec des larmes dans la voix, et une branche de saule pleureur dans les cheveux—ma bouquetière a toujours une branche de saule pleureur sur sa petite tête d'orpheline—il lui demande son histoire.
Elle la lui raconte en sanglotant. Ce monsieur l'adopte, lui fait apprendre le piano, et puis la marie richement.