«Vous le voyez, mon cher Boulimier, c'est la bouquetière prise à un point de vue émouvant, et, j'ose le dire, assez nouveau?»

Je trouve le lendemain une note de Boulimier:

«Je vous avais calomnié, je vous en demande pardon. En effet, il y a quelque chose à faire avec cette idée touchante d'une orpheline qui ne vend que des fleurs de cimetière. Mais avez-vous songé à l'hiver? Que vendra-t-elle l'hiver?

«Les mères se demanderont où couche votre héroïne. Est-elle en garni ou dans ses meubles? on ne loue pas facilement, vous savez bien, aux orphelines de huit ans. Je ne vois pas comment vous pourriez traiter cette question de logement. La passeriez-vous sous silence? Oh! mon ami!… Ne pas dire ce que la petite Cimetièrette (je vous félicite sur le choix du nom) fait quand les boutiques sont fermées!… M. Didot me renverrait, je vous assure.»

Je ne puis pourtant pas lui faire perdre son emploi!

Eh bien! je m'en vais tout simplement raconter une histoire que j'ai vue.

Une petite fille était toute seule dans la maison pendant qu'on enterrait sa mère qui était morte de faim…—On avait prié une voisine de veiller sur la petite, mais la voisine s'était enfermée avec son amoureux; la petite en jouant a roulé sur les marches de l'escalier et s'est cassé la jambe, on a dû la lui couper—elle marche maintenant avec une jambe de bois dans les rangs de l'hospice des orphelines.

Boulimier ne m'a pas écrit, il est venu lui-même,—en cheveux, et tout bouleversé! Ç'a été une scène!…

«Vous voulez donc appeler aux armes, exciter les pauvres contre les riches!… et vous prenez le _Journal des Demoiselles _pour tribune?… Pourquoi ne pas proposer une société secrète tout de suite… ou bien défendre l'Union libre!…»

Il faisait peine à voir!