Tout d'un coup un collégien saute dans la chambre. C'est le fils aîné de la famille. Il était en pension, boursier (mettez «boursier», cela fait bien) dans un petit collège du Midi. Il ne venait pas en vacances parce que c'était trop cher.
Il a enfin fini ses classes—on ne l'attendait pas—il ne devait passer son bachot que trois mois plus tard, mais il a ménagé cette surprise, et le voici!…
Il a tout entendu, caché derrière la porte; et il va droit à son oncle:
—Non, mon oncle, nous ne vendrons pas mon frère! il ne s'appelle pas Joseph! (se tournant vers son père). Comment s'appelle-t-il?
Je crois ce mouvement heureux, parce qu'il double le mérite de ce frère aîné qui va se dévouer à son frère sans même savoir son nom. On lui apprend qu'il s'appelle Edgard, et il continue:
«Je voulais être avocat, j'avais rêvé les palmes du barreau! (avec mélancolie). La tête de mon frère m'impose d'autres devoirs… Je me ferai médecin…»
Indiquer qu'il avait toujours eu de l'horreur pour ce métier… Ça le dégoûte, la médecine… mais il a conçu dans sa tête—de taille moyenne—le projet de se vouer à l'étude des têtes grosses comme celle de son frère.
«Qui sait! Ne peut-on pas les diminuer?… n'est-ce pas une enflure provisoire?… peut-être un dépôt seulement…!»
Ce n'était qu'un dépôt!…
Le frère héroïque a pâli, penché sur les livres. Il résulte de ses études qu'il y a des enfants qui paraissent hydrocéphales et qui ne le sont pas.