Quelques jours après, je sortais du journal où mon manuscrit avait été lu, même applaudi. J'avais vu à la façon dont les domestiques et les petits m'avaient salué quand j'étais sorti, que j'avais pied dans la place.

Mais j'ai trouvé une lettre de mon père, en rentrant chez moi.

«M. Creton nous a dit que tu vas écrire contre les grands universitaires… Tu veux donc me faire destituer?… Quand paraît l'article? Quand nous ôtes-tu le pain de la bouche?… Nous trouveras-tu un lit à l'hôpital, après nous avoir jetés dans la rue? C'est ainsi que tu nous récompenses de t'avoir fait donner de l'éducation.»

Votre éducation!… N'en parlons plus, s'il vous plaît.

Je retirerai mes articles. Je ne vous ôterai pas le pain de la bouche.—Vous avez raison! Ce serait la destitution, et je ne pourrais pas vous trouver une place à l'hôpital…

IL FAUT SE FAIRE DES RELATIONS

LECAPET

Il y avait sous l'Odéon un petit journal qui pendait, le Mouvement artistique et littéraire. Il ne tenait que par une patte, le vent avait détaché l'une des pinces de bois qui le maintenait sur la ficelle.

Il allait dégringoler et s'envoler, emporté par la bise qui s'engouffrait dans les galeries. Je suis venu à son secours. Le père Brasseur m'a remercié et du même coup, j'ai jeté un coup d'oeil sur la feuille avant qu'on la rattachât à la ficelle.

Ce doit être un groupe de garçons sérieux qui rédige le Mouvement artistique et littéraire. Un des articles se termine ainsi: «Nous courons après des idées et non après des papillons.» Cette phrase indique des penseurs. L'envie me prend de voir ces jeunes courir après des idées.