De la fenêtre, on plonge dans la rue; on aperçoit le Colosse de
Rhodes, on voit aller et venir un monde d'ouvriers.
J'éprouve de la joie à reposer mes yeux sur la foule des plébéiens; il y a chez eux de la simplicité, de l'abandon, des gestes ronds, des éclats de gaieté franche. Ce n'est pas grimaçant et tendu comme le milieu où je promène mon existence inutile.
Dès que je puis, je descends vers ces halles bruyantes et dans ce tourbillon de peuple.
Il faut pour cela que j'aie les cinquante centimes du déjeuner, plus les deux sous pour le garçon: il faut aussi que je ne sois pas trop ridicule de mise et n'aie pas l'air trop râpé. On peut avoir une blouse sale—c'est le travail qui a fait les taches— mais un habit noir fripé vous fait remarquer dans ces quartiers simples. On croit qu'il a été sali par des vices.
J'achevais mon dessert, le nez dans le journal.
Le patron entre avec un homme que je reconnais.
Il chantait le Vin à quatre sous, du temps de l'Hôtel Lisbonne, quand nous allions à Montrouge—sous le grand hangar —où l'on buvait assis sur les bancs de bois, dans de gros verres.
Ils sont camarades, le maître du restaurant et lui, et ils viennent siffler—loin de la chaleur des fourneaux—une bouteille de bordeaux frais.
Ils trinquent, retrinquent, causent et discutent à propos de chansons.
À un moment, ils ont besoin d'une consultation.