Nous étions allés dans un des faubourgs, où un vieux professeur ancien collègue de mon père a organisé une espèce de bureau de charité.
En revenant elle m'a dit:
«Quand nous serons mariés, vous ne me mènerez pas dans des quartiers tristes.—Moi d'abord, a-t-elle repris avec une mine de suprême dégoût, je n'aime pas les pauvres…»
Ah! caillette! à qui j'étais capable d'enchaîner ma vie! Fille d'heureux qui avais, sans t'en douter, le mépris de celui que tu voulais pour mari! Car lui, il a été pauvre! Comme tu le mépriserais si tu savais qu'il a eu faim!
Elle sent bien qu'elle a fait une blessure.
Me reprenant le bras, et plongeant ses yeux tendres dans la sévérité des miens:
«Vous ne m'avez pas comprise», murmure-t-elle, anxieuse d'effacer le pli qui est sur mon front.
Pardon, bourgeoise! Le mot qui est sorti de vos lèvres est bien un cri de votre coeur et vos efforts pour réparer le mal n'ont fait qu'empoisonner la plaie.
Et j'en saigne et j'en pleure! Car j'adorais cette femme qui était bien mise et sentait si bon!
Mais n'ayez peur, camarades de combat et de misère, je ne vous lâcherai pas!