Il y a bien longtemps que je n'ose plus passer devant la maison de
Caumont à qui je n'ai pas pu payer sa dernière note.
J'avais trouvé une belle leçon dans ce voisinage. Je n'ai pas osé l'accepter, j'aurais rencontré le tailleur et il m'aurait peut-être fait une scène.
29 Monsieur, Monsieur Bonardel
Que faire?
Copier des rôles? Mais pourrai-je! J'ai une écriture d'enfant, embrouillée et illisible. On disait dans les classes de lettres: «Il n'y a que les imbéciles qui peignent bien»; on promettait le prix de calligraphie au plus bête. Et moi, faisant chorus avec mon professeur, ce niais! avec mon père, cet aveugle! j'étais presque fier d'écrire si mal. On trouvait cela original et coquet de la part d'un fort.
Si, au lieu de faire des discours latins, j'avais fait des bâtons,—si, au lieu d'étudier Cicéron, j'avais étudié Favarger!—je pourrais aujourd'hui copier des rôles le jour, et être libre le soir, ou bien les copier la nuit et bûcher le jour à mon choix! Il eût suffi de cela pour que je fusse libre.
J'ai cherché tout de même les demandes de copistes derrière les grillages du Palais de Justice, dans les colonnes des Petites affiches, sur les plaques des pissotières, et je me suis rendu aux adresses indiquées.
On m'a ri au nez quand j'ai montré mes échantillons; on m'a mis en face de gens à tête de sous-officier ou de notaire qui écrivaient comme des graveurs—c'était moulé!
J'en ai été quitte pour ma courte honte; je ne puis pas gagner mon pain de cette façon.
«Ce serait bien difficile, allez, même si vous aviez une belle main! On ne vit pas de cela; vous vous useriez les yeux sans encore récolter de quoi manger», m'a dit un de ces calligraphes.