Il faut avoir des maisons attitrées.—Cela ne s'acquiert qu'avec le temps et de grandes protections!…

Il a l'air de m'assurer que c'est aussi difficile que d'être nommé préfet ou consul.

Peut-être bien! et ce n'est pas plus sûr!

Mon écriture me tue. Toutes mes tentatives pour entrer n'importe où saignent et meurent sous le bec de ma plume maladroite.

Si je pouvais être caissier, teneur de livres?

Je m'y mettrai!

Je crois qu'avec ma volonté de fils de paysanne, j'arriverais à faire entrer de force dans ma caboche les notions sèches qu'il faut au pays de la pierre et du fer, je forgerais mon outil d'employé de manufacture ou d'usine. J'apprendrais les chiffres, je me cramponnerais à l'arithmétique comme Quasimodo à sa cloche, dussé-je en avoir le tympan cassé, le cerveau meurtri, les ailes de mon imagination brisées.

Oh! ce serait terrible, si je devenais un chiffreur, qui ne rêve plus, n'espère plus, chez qui l'idée de révolte ou de poésie est morte! Mais je me figure que qui est bien doué résiste—je résisterai!

Allons! j'irai trouver les commerçants, et je leur crierai:— Tenez voilà trois ans de ma jeunesse. Je _débiterai, j'aunerai, j'appellerai à la caisse, _je ferai les paquets ou je vendrai du fil!…

Est-ce qu'au moins, dans trois ans, j'aurai conquis un poste qui me laissera de la liberté?… des heures pour causer avec moi-même et pour préparer la défense ou la rébellion des autres?