«Je ne veux pas mourir ici. Qu'on me ramène à Paris.»

Collinet s'y refuse. Legrand insiste:

«Je t'en prie… je l'exige!»

Où trouver une voiture où l'on puisse l'étendre?

«Cet omnibus?»

On fait marché pour la location de l'omnibus, tapissière fermée qui a amené les Parisiens à la fête et qui attend le soir pour les ramener. Il y a des bribes de bouquets qui traînent sur les banquettes. Il y a un drapeau sur l'impériale, et des pompons rouges à la tête des chevaux.

L'aubergiste fournit une paillasse. Un homme de l'endroit, qui cligne de l'oeil en disant qu'il sait ce que c'est qu'un duel, offre un matelas; une dame, que la poésie de l'aventure séduit, prête une couverture blanche qui recouvre Legrand tout entier.

Nous remercions et nous partons.

Je prends place près des autres. Legrand y tient, m'a-t-on dit, et je juge de mon devoir de l'accompagner et de rester en face de lui. J'aurais trouvé simple et naturel qu'il en fit autant, si c'était lui qui m'eût touché.

Ma sensibilité ne joue pas la comédie. Je croirais cela indigne de la sérénité du blessé. Je reste muet et je songe! Je songe encore une fois au long accouplement forcé dans la solitude, l'obscurité et la peine.