On s'en est tiré tout de même. On a trouvé un endroit par où l'on a fait passer le cul d'une charrette à bras, dans laquelle on hisse Legrand; puis, le tassant comme un sac, on l'a accoté dans un des coins.
Nous nous mettons en route.
Nous voici près de Robinson. Une troupe de joyeux garçons et de jolies filles blaguent notre procession, comme ils appellent notre défilé muet et triste. Un coucou à voyageurs frôle la roue de la charrette, et le conducteur fait mine d'agacer avec la mèche de son fouet Legrand qu'il croit pochard.
«Mais le sang pisse par les fentes!» crie tout d'un coup une étudiante, en indiquant la place du bout de son ombrelle.
On arrive à deviner ce qui s'est passé, et les promeneurs et les promeneuses en parlent tout bas. Quelques-uns demandent quel est celui qui a tiré sur le blessé.
«Il n'a pourtant pas une mauvaise figure, disent les uns.
—Hum!» font les autres.
Il n'y a pas plus de médecin à Robinson qu'ailleurs: ce qui désespère l'aubergiste chez lequel la charrette est entrée, et qui voudrait bien se débarrasser de ce paquet sanglant.
On va le débarrasser.
Legrand dit: