Adieu, mon père! Et avant de nous quitter, je vous demande encore une fois pardon!
…………………
L'horloge sonne dix heures! Comme le temps a passé vite dans ce tête-à-tête solennel!
Je n'ai pas vu partir la nuit et venir le soleil. Je ne regardais que dans mon coeur. Je n'entendais ni ne voyais l'heure présente, perdu que j'étais dans la contemplation du passé et l'idée de l'avenir. Il me semblait que le mort aussi réfléchissait, et me tenait compagnie pour cette austère rêverie.
Ah! il m'est venu comme de la rage et non de la douleur dans l'âme! Il me semble qu'on emporte un assassiné!
Moi, j'aurais peur d'être enterré ainsi! Je veux avoir lutté, avoir mérité mes blessures, avoir défié le péril, et il faudra que les croque-morts se lavent les mains après l'opération, parce que je saignerai de toutes parts… Si la vie des résignés ne dure pas plus que celle des rebelles, autant être un rebelle au nom d'une idée et d'un drapeau!
—Messieurs, quand il vous fera plaisir.
Minuit.
Mon père est enterré au milieu des herbes… Les oiseaux lui ont fait fête quand il est venu; c'était plein de fleurs près de la fosse… Le vent qui était doux séchait les larmes sur mes paupières, et me portait des odeurs de printemps… Un peuplier est non loin de la tombe, comme il y en avait un devant la masure où il est né.
J'aurais voulu rester là pour rêver, mais il a fallu ramener ma mère. Je lui ai demandé encore, comme une douloureuse faveur, de me laisser seul en face de moi-même dans la chambre vide.