J'étais le seul célibataire de la bande. Il y a eu bien des raisons!

D'abord, les autres préféraient que je vécusse seul pour que je reste celui qui ferait les plus longues courses et les commissions.

«Toi, tu n'as pas une femme qui t'attend, toi! tu n'as que toi à nourrir. Un homme, pourvu qu'il ait un pantalon! mais quand il faut acheter des robes. Tu mangeras avec nous. Quelle économie! Va chez un tel lui emprunter cent sous, moi je ne peux y aller à cause de son épouse. Angelina en est jalouse… Et ci, et ça!»

Du jour où je me mettais en ménage, mes jambes, mes idées, mes sous étaient perdus pour la colonie! L'hôtel Lisbonne ne voudrait pas d'un autre couple, il n'y avait pas de place: d'ailleurs le propriétaire en avait assez. Puis je m'entendais jusqu'à présent à peu près avec chacun. Ma moitié me brouillerait avec tout le monde. Il y avait donc une conspiration en faveur de mon célibat.

La femme d'un petit gros qui venait quelquefois nous voir était la plus enragée à me détourner de toute alliance, chaque fois qu'une rencontre, un bout de causette avec une blonde, donnait lieu à quelque plaisanterie et excitait des craintes.

«Mais qu'est-ce que ça vous fait donc, Emma, que je me mette ou ne me mette pas avec une femme, lui dis-je un soir, où étant seuls, nous parlions de ça, faute de mieux.

—Ça me fait peut-être quelque chose», dit-elle avec un sourire et en baissant les yeux.

J'ai eu l'air de ne pas comprendre. Elle a voulu mettre les points sur les i.

«Et Adolphe? Si Adolphe savait! …

—Pourquoi voulez-vous qu'il sache, est-ce vous qui lui direz», et elle se renversait la tête en montrant son cou blanc comme du lait—le cou de la Polonie! et de ses doigts doux comme de la soie tiède, elle écartait mes cheveux sur ma joue.