J'ai nommé Matoussaint le chef de notre clan—et, sans être enthousiaste de lui, tout en le blaguant à part moi, je le suis comme un séide. J'ai lu qu'il fallait s'entendre, être un _cénacle. _Je l'ai lu dans Mürger comme dans Dumas, et j'ai accepté le rôle de Porthos des Mousquetaires, presque le rôle de Baptiste dans la Vie de Bohème: parce que je suis nouveau, parce que mon enfance n'a rien vu, parce que je me sens gauche et ignorant, non pas comme un provincial, mais comme un prisonnier évadé, comme un martyrisé qui étire ses membres.

J'ai pris parti derrière Matoussaint et les autres, dans la grande guerre entre_ calicots_ et étudiants. Il paraît qu'il faut tomber sur les calicots, que les calicots sont des bourgeois et des réac,—et je tombe dessus. Je dépense là mon énergie, et je mets ma gloire à passer pour l'hercule de la bande.

Je ne fais rien: paresse dont je rends mon éducation responsable! Il faut que je batte l'air de mes bras quelque temps encore, avant de pouvoir enfiler mon vrai chemin et appliquer au travail ma tête trop calottée.

Je ne fais rien,—pardon! je gagne dix sous cinq fois par semaine. Je donne une leçon à un fils de portier. J'ai ainsi, avec mes quarante francs mensuels, douze francs cinquante centimes par semaine. Je ne dépense pas un radis de plus!

5 L'habit vert

Un camarade m'a conduit dans une crémerie où se trouve une fille dont tout un cénacle est amoureux.

Elle est, en effet, bien jolie, cette brune à tête de juive, et je n'ai jamais éprouvé, à côté de femme de professeur ou de grisette, une impression pareille à celle que m'a donnée le froissement de sa jupe. Puis elle me regarde d'un oeil si gai, avec un sourire qui montre de si belles dents blanches!

Elle me regarde encore, toujours—avec une persistance qui commence à me flatter.

Ai-je le charme, décidément? Elle rit.—Voilà qu'elle éclate!

«Pardon, monsieur, oh! je vous demande bien pardon; c'est que vous avez l'air si drôle avec votre habit vert et votre gilet jaune!»