«C'est DELAHODDE, le mouchard, murmure une voix près de moi.
—Plus bas, dis-je instinctivement, en écrasant la main de celui qui a parlé; plus bas; on va l'assassiner!…»
Notre émotion est grande dans le groupe où a éclaté la révélation et où je plaide le silence.
«Si l'on veut le châtier, il faut aller lui brûler la cervelle sur place, tirer au sort à qui s'en chargera; mais si on le livre à la foule, chacun en prendra un morceau, et ce sera odieux et sale, vous verrez! il sera tué à coups de poing, à coups de pied, à coups d'ongle!—Et l'on nous accusera de scélératesse et de lâcheté!…»
Il paraît que je parle comme il faut parler et que j'ai dans la voix une émotion qui porte, car on se range à mon avis; seulement, par curiosité de paysan qui regarde se traîner un crapaud, on se presse sur le chemin du signalé.
«C'est lui, c'est bien lui!» répète le garçon qui ne l'avait vu que de loin.
Ce suspect a-t-il remarqué qu'on le dévisageait? toujours est-il qu'il tourne sa face blême de notre côté et il écarte ses lèvres dans un rire muet, sinistre. Je n'oublierai jamais ce rire-là.— J'ai vu un jour un chien enragé qui agonisait: il avait l'oeil boueux, la lèvre retroussée et montrait ainsi sa mâchoire blanche…
Si ce n'est pas Delahodde, c'est un misérable sûrement; ce rire le dit. A-t-il eu peur, a-t-il eu honte?—Il s'écarte de la foule et disparaît dans la petite rue qui est derrière l'École de Droit…
J'ai peut-être été lâche de ne pas le laisser écharper.
«Où va-t-on?