—Pas avant quelques jours; il y a eu sur la ligne un vol commis par un postillon, et il a été chargé d'aller suivre l'affaire.»
M. Truchet est parti. Mais ma mère est une criminelle! Elle devait prévoir que cet homme pouvait partir, elle devait savoir qu'il y a des postillons qui volent, elle devait m'éviter de me trouver seul avec une pièce d'un franc sur le pavé d'une ville où j'ai été enfermé comme écolier, rien de plus.
«Vous êtes le voyageur à qui cette malle appartient? fait un employé.
—Oui, monsieur.
—Voulez-vous la faire enlever? Nous allons placer d'autres bagages dans le bureau.»
La prendre! Je ne puis la mettre sur mon dos et la traîner à travers la ville… je tomberais au bout d'une heure. Oh! il me vient des larmes de rage, et ma gorge me fait mal comme si un couteau ébréché fouillait dedans…
«Allons, la malle! voyons!»
C'est l'employé qui revient à la charge, poussant mon colis vers moi, d'un geste embêté et furieux.
«Monsieur, dis-je d'une voix tremblante… J'ai pour M. Truchet… une lettre de M. Andrez, le directeur des Messageries de Nantes…»
L'homme se radoucit.