«M. Andrez?… Connais! Et alors c'est d'un endroit où aller loger que vous avez besoin?… Il y a un hôtel, rue des Deux-Écus, pas cher.»
Il a dit «pas cher» d'un air trop bon. Il voit le fond de ma bourse, je sens cela!
«Pour trente sous, vous aurez une chambre.»
Trente sous!
Je prends mon courage à deux mains et ma malle par l'anse.
Mais une idée me vient.
«Est-ce que je ne pourrais pas la laisser ici? je viendrais la reprendre plus tard?
—Vous pouvez… Je vais vous la pousser dans ce coin… Fichtre! on ne la confondra pas avec une autre, dit-il en regardant l'adresse. J'espère que vous avez pris vos précautions.»
C'est ma mère qui a cloué la carte sur mon bagage:
Cette malle, souvenir de famille, appartient à VINGTRAS (Jacques-Joseph-Athanase), né le jour de la Saint-Barnabé, au Puy (Haute-Loire), fils de Monsieur Vingtras (Louis-Pierre-Antoine), professeur de sixième, au collège royal de Nantes. Parti de cette ville, le 1er mars, pour Paris, par la dili- gence Laffitte et Gail- lard, dans la Rotonde, place du coin. La ren- voyer, en cas d'acci- dent, à Nantes (Loire- Inférieure), à l'adresse de M. Vingtras, père, quai de Richebourg, 2, au second, dans la mai- son de Monsieur Jean Paussier, dit «Gros Ventouse». Veillez sur elle!