Où vais-je aller?
Je n'ai pas encore, depuis que je suis à Paris, été seul dans l'après-midi. Je suis tout dérouté l'après-midi quand je ne suis pas deux ou trois—avec Alexandrine ou avec les camarades. Je n'ai rien à me dire. Causer avec moi-même! Pas dans le jour! Le jour, je ne me trouve pas espiègle.
Je vais au Luxembourg, dans la Pépinière, je m'assieds sur un banc, à côté de vieux qui racontent des histoires du temps de l'ancien, et au milieu de jeunes mères que je gêne pour donner à téter à leurs enfants! Oh! si c'était à refaire, j'irais chez Michelet!
Si par hasard ça avait tourné à l'émeute sous ses fenêtres! S'il y avait eu du sang! Mon Dieu, que je voudrais qu'il y eût du sang. Oh! s'il y a eu du sang, mon devoir est d'aller où il coule. Je n'étais pas pour la promenade; je suis pour l'insurrection.
Matoussaint, as-tu perdu un membre? As-tu un des hommes de ta barricade mort?
Je flaire si ça sent la poudre… Ça sent le lait, l'enfant… je ne sais quoi… tout, excepté la poudre.
Tant pis, je vais me mentir à moi-même, manquer de fermeté. Personne ne le saura! Je vais aller voir ce que devient la manifestation.
Une débandade! Des gens qui fuient!
Je reconnais toute ma crémerie qui a les talons près du derrière.
«On arrête, on arrête!» crient les fuyards.