Que voulez-vous?—Je haïssais l'oignon, j'aimais les poireaux. On me les arrachait de la bouche, comme on arrache un pistolet des mains d'un criminel, comme on enlève la coupe de poison à un malheureux qui veut se suicider.

«Pourquoi ne pourrais-je pas en manger? demandai-je en pleurant.

—Parce que tu les aimes», répondait cette femme pleine de bon sens, et qui ne voulait pas que son fils eût de passions.

Tu mangeras de l'oignon, parce qu'il te fait mal, tu ne mangeras pas de poireaux, parce que tu les adores.

«Aimes-tu les lentilles?

—Je ne sais pas…»

Il était dangereux de s'engager, et je ne me prononçais plus qu'après réflexion, en ayant tout balancé.

Jacques, tu mens!

Tu dis que ta mère t'oblige à ne pas manger ce que tu aimes.

Tu aimes le gigot, Jacques.