«Plus tard, quand je serai mort. Tu pourras acheter un domaine, mais tu ne voudrais pas être valet de ferme?»
Je n'en sais trop rien.
Quand il pleut et qu'il n'y a pas moyen de pêcher ni d'aller chercher des groseilles sauvages là-bas, au pied de la montagne, entre les pierres galeuses,—ou bien quand le soleil brûle comme une plaque de tôle bleuie au feu et grille le pays sans ombre,— ces jours-là, je m'enferme dans la bibliothèque de mon oncle et je lis, je lis. Il y a la biographie des hommes illustres de l'abbé de Feller. Je cours aux passages qui parlent de Napoléon, et je fais tout éveillé des rêves pleins de Sainte-Hélène. Je regarde par la fenêtre la campagne déserte, l'horizon vide, et je cherche Hudson Lowe. Si je le tenais!
Mon oncle attend les curés du voisinage pour la conférence.
Ils viennent. Je les entends à table qui disent du mal du vicaire de Saint-Parlier, du curé de Solignac; ils ne paraissent pas plus penser au bon Dieu qu'à l'an quarante!
Mon oncle se mêle peu aux conversations. Son âge l'en dispense; il se fait même plus vieux qu'il n'est, contrefait le sourd et presque l'aveugle; mais le vin a délié la langue des autres. Un gros, qui a l'air ivrogne, fait sauter les boutons de sa robe crasseuse tachée de vin et dérange son rabat jaune de café. Un maigre, à tête de serpent, ne boit que de l'eau; mais il jette de côté et d'autre des regards qui me font peur. J'ai vu au théâtre de Saint-Étienne, une fois, le traître qui servait du poison dans les verres; il a cet air-là.
Les autres mangent, boivent comme des goinfres, et quand ils ont une prière à dire, ils ont encore la bouche pleine.
On voit leur culotte sous leur robe sale.
Le crasseux, le gros, se tourne de mon côté.
«C'est votre neveu, monsieur le curé? Il a bon appétit au moins, ce gaillard-là; est-il râblé!»